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Octobre 1923, Alexandra David-Néel se met en route au coeur de l'hiver himalayen. Elle a 56 ans. Elle en est à sa cinquième tentative d'entrée à Lhassa. Commence l'expédition la plus épique de toute l'histoire de l'exploration. Elle marche, 2000 kilomètres, 8 mois durant. Sous l'apparence d'une mendiante tibétaine et accompagnée de son fils adoptif, le moine Aphur Yongden. Elle déjouera tous les soupçons. Yunnan, Amdo, Kham, les massifs de l'Himalaya oriental capitulent sous ses pas…Elle n'a qu'un but : atteindre Lhassa, la cité interdite du Royaume des Neiges.

ll y a précisément 8o ans (c'était en 1923) Alexandra David-Néel quittait le monastère de Tsendrong accompagnée du jeune lama Aphur Yongden pour rallier la ville de Lhassa à travers le Tibet. Elle entame une expédition clandestine à travers les régions mal connues, voire inexplorées du Tibet oriental. Surmontant le froid, la faim, l'épuisement, les deux voyageurs atteignent la capitale interdite, y séjournent incognito avant de rejoindre l'Inde, exténués mais saufs. Leur épopée les range parmi les plus grands explorateurs de l'histoire. Qu'on y songe ! À 56 ans, l'exploratrice a parcouru plus de 2000 kilomètres dans les plus âpres conditions climatiques et géographiques au cœur de l'hiver himalayen pour atteindre la cité interdite. La presse internationale annonce bientôt son incroyable exploit ; elle est la première Occidentale à avoir pénétré Lhassa, ayant connu le succès là où nombre d'explorateurs avaient échoué. Les aventures qui jalonnent son périple font l'objet du livre le plus célèbre d'Alexandra : Voyage d'une Parisienne à Lhassa publié à Paris en 1927, deux ans après son retour en France.

En 2003, Priscilla Telmon, quittant Hanoi dans le même esprit que son illustre mentor, traverse à pied et en solitaire le Vietnam, le Yunnan, le Tibet, rejoint Lhassa puis gagne le Sikkim et l'Inde. 5000 kilomètres d'aventure, d'engagement, de découverte et de cheminement intérieur autant que sportif pour renouer avec le souffle, l'esprit et l'allure des grandes expéditions d'antan.

Les écrits d'Alexandra David Neel lui ont servi à mener une enquête géographico-historique : en se rendant compte de ce que fut le Tibet, de ce qu'il est devenu et de ce qu'il pourra devenir.

Terre des mythes, berceaux des origines, espaces de conquêtes, régions de tous les commerces, terrains d'aventures dont l'exploration ne s'est achevée qu'après celle du pôle, l'Himalaya, située au carrefour des mondes mongols, chinois et indiens reste une région de mystère et de spiritualité. Outre que son accès est physiquement difficile : l'Himalaya est défendu de tous côtés par les barrières montagneuses, l'Himalaya a été soumis, pendant des décennies - et encore aujourd'hui pour sa partie chinoise - à des influences et des intérêts qui en ont fermé les portes.

Accroché aux flancs de l'Himalaya, le Tibet vit l'occupation chinoise depuis 1959. Outre les régions du Û-Tsang et des Changthang, qui délimitent les frontières actuelles du Tibet politique (appelé région autonome par le gouvernement chinois), le royaume historique et ethnique comprenait également les provinces de l'Amdo au nord-est, du Kham au sud-est, désormais intégrées aux provinces chinoises du Quinghai, Sichuan et Yunnan où réside une population de 6 millions de Tibétains pour une superficie estimée à 6 fois celle de la France.

Après le soulèvement du peuple tibétain à Lhassa, le 10 mars 1959, sa Sainteté le Dalaï-Lama, chef spirituel et temporel du Tibet, fut contraint de se réfugier en Inde, suivi de 80 000 de ses compatriotes. Le "rouleau compresseur chinois" fut responsable de la mort de 1,2 million de Tibétains et de la destruction d'environ 6000 temples et monastères, symboles de la culture bouddhiste sur le " Toit du monde ".
La culture moribonde au Tibet survit désormais en exil grâce à la persévérance et à la détermination de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et des membres de son gouvernement réfugiés depuis 1959, à Dharamsala, au nord de l'Inde. Les conditions de vie précaires et le climat insalubre de l'Inde provoquèrent un grand nombre de victimes parmi les réfugiés, laissant derrière eux des milliers d'orphelins. Plaçant tous ses espoirs dans ses enfants, la communauté tibétaine, grâce au soutien du gouvernement indien et aux fonds envoyés par divers organismes humanitaires occidentaux, réussit à construire des écoles et à former des professeurs afin de dispenser aux jeunes une éducation à la fois traditionnelle et moderne.

Cette longue vie, Alexandra David-Néel (1868-1969) l'a tout entière consacrée à l'exploration et à l'étude, ses deux grandes passions qui, dans sa petite enfance, ont fait d'elle une enfant terrible, dans son adolescence une contestataire, dans sa jeunesse une anarchiste, et dans sa vieillesse un des "penseurs libres" les plus anti-conformistes du XXe siècle. Cantatrice, écrivain, aventurière, cette femme peu ordinaire sillonna pendant plus de trente cinq ans l'Europe, l'Afrique du Nord et surtout l'Asie. Elle fut la première Européenne à rentrer à Lhassa, en 1924, au terme d'un voyage prodigieux le long des pistes du Yunnan et du Tibet qu'elle parcourut déguisée en mendiante, accompagnée de son fils adoptif le moine Aphur Yongden. Attirée par les philosophies orientales, elle explora les secrets de l'ésotérisme tibétain, se convertit au bouddhisme et réalisa sa vocation : devenir exploratrice du monde et des êtres.