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L'Asie centrale est l'une des terres du globe qui a vu se presser à ses portes le plus de candidats au voyage. Tout Occidental qui voulait découvrir l'Orient, tout Oriental qui désirait approcher l'Occident devait traverser cette parcelle d'Asie dont la position - comme son nom l'indique - est incontournable. Couloir de passage, axe de communication, milieu des empires, pivot stratégique, le vieux Turkestan a accueilli tour à tour sur la poussière de ses pistes : les cavaliers scythes, les explorateurs chinois, les commerçants arabes, les missionnaires chrétiens, les bannis nestoriens, les marchands italiens, les érudits d'Europe, les moines bouddhistes, les mercenaires russes, les géographes du tsar, les archéologues-pilleurs, les aventuriers victoriens, les voyageurs modernes...
En 1999, nous-mêmes avons mis nos pas dans les empreintes des racleurs de steppes qui ont défriché les horizons inconnus du vieux Turkestan. Partis d'Almaty avec trois chevaux au début de l'été, nous avons cheminé six mois, de yourtes en kolkhozes au pas de nos montures jusqu'à la mer d'Aral à travers 3000 kilomètres de plaines, de déserts et de montagnes. La première traversée équestre en continu du Turkestan occidental depuis la fin du XVIIIe siècle.
Dans nos sacoches : les récits de voyages des explorateurs que nous lisions en selle. Au fur et à mesure de notre progression nous revivions les descriptions contenues dans ces textes antiques. Nous avons accompli un double voyage : l'un dans l'espace au pas de nos montures, l'autre dans le temps au gré de nos lectures.
Paysages immuables, mêmes scènes au campement, visages identiques, éternelle vie des marchés. Elles sont nombreuses les vallées du Turkestan post-soviétique où Marco Polo, de retour en ces lieux, ne se serait point senti perdu.
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