/// …Un jour les rêves prendront leur revanche ///

 

Les poètes sont en exil.

« Comme ces Hommes-livres dans l’oeuvre de science-fiction de Ray Bradbury, Fahrenheit 451 qui, dans sa clandestinité, résistent en apprenant par coeur les chefs-d’oeuvre de littérature dans un monde où les livres sont brûlés. Les poètes sont oubliés, « ils portent le deuil du soleil et des années à venir sans eux ». Dans ce monde qui se rétrécit, soumis à une nouvelle barbarie, celle de la ploutocratie, il nous faut interroger nos poètes pour retrouver la mémoire et l’utopie à la fois. En quittant mon pays en 1970, j’étais une adolescente qui se réjouissait à l’idée de connaître des horizons nouveaux. La Grèce était sous la dictature des colonels et c’est dans cet exil que j’ai appris ce que « les Ithaques signifient ». Ma langue est devenue ma patrie. La seule qu’on ne pouvait pas m’enlever. Il m’était devenu vital de l’aimer, la cultiver et la défendre. Paradoxalement c’est en apprenant le français que j’ai pu redécouvrir ma langue maternelle. La distance (géographique et culturelle) m’a permis de réentendre sa musique. Et quelle musique ! J’ai pris conscience que la nostalgie était faite de douleur (l’étymologie du mot le dit ), mais qu’il y avait une si belle « terre sur mes racines » que les fleurs pouvaient enfin pousser. Voilà pourquoi je me suis mis à chanter et à composer sur les mots de mes poètes. J’avais grandi avec eux et grâce à eux J’ai inscrit au pus profond de moi les vers d’Odysseas Elytis qui disait : « J’ai habité un pays, surgissant de l’autre le vrai, tout comme le rêve surgit des événements de ma vie. Je l’ai aussi appelé Grèce, et l’ai tracé sur le papier pour le regarder. Il semblait tellement petit et insaisissable (…) Mais il embaumait tant que j’ai pris peur. Alors, je me suis mis, petit à petit, à broder des mots comme des pierres précieuses, pour couvrir le pays que j’aimais. » Aujourd’hui mon pays est humilié. Et il n’est pas le seul. Il y a des jours où je me sens découragée, impuissante face à tant de malheurs. La tentation de se taire est grande. Mais « la réalité quelque fois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit ». Ces mots sont de René Char. La parole poétique est aussi et avant tout une parole politique et prophétique. Aussi indispensable que le pain. Alors l’espoir revient comme « un chant de maquisard dans la forêt des aromates ».  »

Ce texte d’Angélique Ionatos présente son nouveau spectacle « Et les rêves prendront leur revanche », au Théâtre de la Ville ce 13 juin à Paris, fait de poèmes des grands poètes grecs contemporains et de chants, pour ne pas céder à la morosité et attiser l’espoir, afin que les rêves prennent leur revanche. Elle est accompagnée par deux superbes musiciens Katarina Fotinaki (Guitare & voix) et Gaspar Claus (Violoncelle). Spectacle en partenariat avec Mediapart, qui a diffusé en direct, ce concert exceptionnel de solidarité avec la Grèce.

Regardez l’intégralité de ce sublime récital, en hommage aux Grecs, à leur résistance.