/// Petites Planètes ///

Vincent Moon est un cinéaste prodigieux. Il réinvente, il explore, il partage…

Réalisateur de la Blogothèque, des concerts à emporter, il se consacre aujourd’hui à son label nomade, Petites Planètes, une collection de films et d’enregistrements des musiques d’ailleurs, pour faire voir et entendre l’échos de ces voix, ces rencontres insolites, ces amitiés artistiques, ces cérémonies traditionnelles, ces chants sacrés, qu’il appelle avec sourire « sa quête de folklore expérimental ». Ses films ont le foudroiement pouvoir d’une présence partagée, d’emblée débordante, saturée d’émotions, de paroles, de gestes, de silences et d’intuitions complices. Un temps suspendu…capté caméra aux poings qui comble et offre un surcroît de lumière…

A découvrir : Vincent Moon & petites planetes

 

/// La boîte aux lettres d’Antonio Machado ///

Il y a de l’émerveillement toujours, de l’ardeur et de la tendresse dans les essais radiophoniques de Sophie Nauleau, écrivaine et productrice que j’aime tant. Elle triomphe de la parole, reconquiert des territoires oubliés, escortes les étoiles, donne a écouter des éclats de vie. Elle raconte ses rencontres, – des gens, des livres, des œuvres, des absents, des lumières…- qui touchent et font grandir. Il y a de curieuse résonance qui s’instaure avec ses Ateliers de la création et ses rendez-vous poètiques. On prélève une phrase qu’on pose sur son cœur, comme de petits cailloux blancs, et qui conduisent au plus près de soi…Qui disait : « On n’a jamais bien vu le monde si l’on n’a pas rêvé ce que l’on voyait » ?

Son dernier voyage à Collioure – au pays catalan des peintres fauves, des pêcheurs, des bleus intenses de la mer et du ciel, des voiles, de la tramontane, du vin et des exilés – nous emporte sur la tombe du poète Antonio Machado, où une boîte aux lettres est scellée, et « qui ne ne cesse de recevoir des offrandes, des fleurs, des signes, des billets doux ou des missives révoltées, et surtout du courrier, plus de 70 ans après sa mort. Une boîte aux lettres qui donne un souffle neuf à l’au-delà.Un sens inespéré au cimetière. Une foi épistolaire. Telle une main tendue entre deux mondes, la boîte aux lettres d’Antonio Machado réconcilie le post mortem et l’ici-bas. »

A réecouter sur France Culture: L’atelier de la création:  “La boîte aux lettres d’Antonio Machado” & les autres petits bijoux de Sophie : “Jumping au grand Palais” , “Le facteur cheval: que celui qui n’a jamais rêvé lui jette la première pierre… », le superbe “Escalader la nuit”

& son rendez-vous poètique hebdomadaire sur France Culture “ça Rime à quoi”, le dimanche en multidiffusion à 20h.

/// Dans les forêts de Sibérie ///

C’est le journal d’une ascèce, de six mois passés en solitaire dans une cabane au bord du lac Baïkal, en Sibérie. Un récit magnétique tissé d’étoiles et de poésie dont les harmoniques résonnent longuement dans l’esprit et le coeur… Sylvain, celui qui vit dans la forêt, porte, mieux que jamais, son prénom. Après l’avoir lu, on peut à présent l’écouter, raconter de sa voix chaude ses mois dans les forêts de bouleaux…

« Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.  Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »

Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, 276 p.

dans les forets de Sibérie

 

/// …Un jour les rêves prendront leur revanche ///

 

Les poètes sont en exil.

« Comme ces Hommes-livres dans l’oeuvre de science-fiction de Ray Bradbury, Fahrenheit 451 qui, dans sa clandestinité, résistent en apprenant par coeur les chefs-d’oeuvre de littérature dans un monde où les livres sont brûlés. Les poètes sont oubliés, « ils portent le deuil du soleil et des années à venir sans eux ». Dans ce monde qui se rétrécit, soumis à une nouvelle barbarie, celle de la ploutocratie, il nous faut interroger nos poètes pour retrouver la mémoire et l’utopie à la fois. En quittant mon pays en 1970, j’étais une adolescente qui se réjouissait à l’idée de connaître des horizons nouveaux. La Grèce était sous la dictature des colonels et c’est dans cet exil que j’ai appris ce que « les Ithaques signifient ». Ma langue est devenue ma patrie. La seule qu’on ne pouvait pas m’enlever. Il m’était devenu vital de l’aimer, la cultiver et la défendre. Paradoxalement c’est en apprenant le français que j’ai pu redécouvrir ma langue maternelle. La distance (géographique et culturelle) m’a permis de réentendre sa musique. Et quelle musique ! J’ai pris conscience que la nostalgie était faite de douleur (l’étymologie du mot le dit ), mais qu’il y avait une si belle « terre sur mes racines » que les fleurs pouvaient enfin pousser. Voilà pourquoi je me suis mis à chanter et à composer sur les mots de mes poètes. J’avais grandi avec eux et grâce à eux J’ai inscrit au pus profond de moi les vers d’Odysseas Elytis qui disait : « J’ai habité un pays, surgissant de l’autre le vrai, tout comme le rêve surgit des événements de ma vie. Je l’ai aussi appelé Grèce, et l’ai tracé sur le papier pour le regarder. Il semblait tellement petit et insaisissable (…) Mais il embaumait tant que j’ai pris peur. Alors, je me suis mis, petit à petit, à broder des mots comme des pierres précieuses, pour couvrir le pays que j’aimais. » Aujourd’hui mon pays est humilié. Et il n’est pas le seul. Il y a des jours où je me sens découragée, impuissante face à tant de malheurs. La tentation de se taire est grande. Mais « la réalité quelque fois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit ». Ces mots sont de René Char. La parole poétique est aussi et avant tout une parole politique et prophétique. Aussi indispensable que le pain. Alors l’espoir revient comme « un chant de maquisard dans la forêt des aromates ».  »

Ce texte d’Angélique Ionatos présente son nouveau spectacle « Et les rêves prendront leur revanche », au Théâtre de la Ville ce 13 juin à Paris, fait de poèmes des grands poètes grecs contemporains et de chants, pour ne pas céder à la morosité et attiser l’espoir, afin que les rêves prennent leur revanche. Elle est accompagnée par deux superbes musiciens Katarina Fotinaki (Guitare & voix) et Gaspar Claus (Violoncelle). Spectacle en partenariat avec Mediapart, qui a diffusé en direct, ce concert exceptionnel de solidarité avec la Grèce.

Regardez l’intégralité de ce sublime récital, en hommage aux Grecs, à leur résistance.

/// J’ai rencontré Jack Kerouac ///

 

A écouter en Podcast, le superbe essai radiophonique réalisé par Arnaud Contreras, « J’ai rencontré Jack Kerouac » sur France Culture. Un jeu de question-réponse, de sons et d’interviews récoltés sur ses routes de Tombouctou à Tbilissi en passant par Brest, et des improvisations par le groupe Moriarty. Divin… Sur l’Atelier de la création France Culture et d’autres routes sur le site d’Arnaud Contreras.

Et à lire, pour continuer le voyage, le hors-série du magazine Trois Couleurs, spécial Kerouac et  le livre des haïku, qui vient de paraître en poche aux éditions la petite vermillon..

 

/// Les Fantaisies Gourmandes ///

Stéphanie Tesson, est une soeur de coeur, auteur – metteur en scène – comédienne magnifique. Elle écrit depuis toujours, autant pour jouer avec les mots que pour s’exprimer en toute poésie. 

Chaque année depuis 2003, sa compagnie Phénomène et Cie est l’hôte du Potager du Roi pour présenter ses spectacles-promenades créés à l’occasion du Mois Molière, qui voyagent ensuite dans d’autres jardins. Cette année, c’est la gourmandise qui est célébrée sous formes de courtes saynètes, composées pour l’occasion par une douzaine d’auteurs contemporains. Venez savourer des histoires légères et pétillantes, déguster des confessions pimentées et aigres-douces, vous repaître de dialogues capiteux qui vous mettront le rire à la bouche, tout au long d’une balade prodigue en surprises et en contrastes…Ce repas théatrale servi par des artistes familiers de l’aventure potagère, a été concocté pour éveiller vos appétits et vous remettre dans vos assiettes…Une merveille pour petits & grands…

les Samedi 9 et 16 Juin – les Dimanche 10, 17 et 24 Juin

Représentations suivies d’une dégustation-vente de produits du Potager

Retrouvez tous les détails sur : phenomene-cie et le potager du roi 


/// Le testament des glaces ///

Emmanuel Hussenet est un familier des expéditions polaires, il donne à voir comment le voyage engagé, au-delà de la satisfaction de celui qui l’entreprend, offre un remède à nos contradictions, et libère l’énergie nécessaire à une vraie mobilisation des consciences. Son court métrage  – auquel je prête ma voix – offre quelques pages de son très beau livre « Le testament des glaces ». Un angle inédit sur le réchauffement climatique, qui dépasse le simple constat scientifique pour explorer les paradoxes du progrès. Pour lui, la crise actuelle s’explique autant par la corruption du lien à la nature que par l’abandon du sacré et de l’esprit d’aventure.

Retrouver ses expéditions sur le blog des glaces  et son livre « Le Testament des glaces » aux éditions Transboreal